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Le lundi, c'est poésie - 2016 - 14 Mars-Paul Verlaine-Art poétique

PAUL VERLAINE (1844 - 1896)

 

Tous écrits entre 1865 et 1885, les poèmes de Verlaine développent une conception très personnelle de l'écriture poétique que le mouvement symboliste s'empresse de revendiquer. Mais l'auteur d'Art poétique, écrit en 1874, publié en 1882, et finalement inclus dans le recueil Jadis et Naguère (1884), affirmait lui-même que ce "n'était qu'une chanson" à ne "pas prendre au pied de la lettre". Avec humour, il refusait toute étiquette: "Le symbolisme?... comprends pas... Ca doit être un mot allemand, hein?... Qu'est-ce que ça peut bien vouloir dire? Moi, d'ailleurs, je m'en fiche. quand je souffre, quand je jouis ou quand je pleure, je sais bien que ça n'est pas du symbole... j'écris sans autre règle que l'instinct que je crois avoir de la belle écriture, comme ils disent!" (Oeuvres en prose, Réponse à une enquête de 1891)

Les fameux "sanglots longs" de la Chanson d'automne restent sans doute la plus célèbre illustration de ce travail poétique qui confère au poète-artisan la noblesse du grand art. Le chanson de Serge Gainsbourg, "Je suis venu te dire que je m'en vais" (1974), lui rend hommage:

"Je suis venu te dire que je m'en vais

Tes sanglots longs n'y pourront rien changer

Comme dit si bien Verlaine "Au vent mauvais"

Je suis venu te dire que je m'en vais

Tu te souviens des jours heureux et tu pleures..."

 

 

Art poétique

 

De la musique avant toute chose,

Et pour cela préfère l'Impair

Plus vague et plus soluble dans l'air

Sans rien en lui qui pèse ou qui pose.

 

Il faut aussi que tu n'ailles point

Choisir des mots sans quelque méprise:

Rien de plus cher que la chanson grise

Ou l'Indécis au Précis se joint.

 

C'est des beaux yeux derrière des voiles,

C'est le grand jour tremblant de midi,

C'est, par un ciel d'automne attiédi,

Le bleu fouillis des claires étoiles!

 

Car nous voulons la Nuance encor,

Pas la Couleur, rien que la nuance!

Oh! la nuance seule fiance

Le rêve au rêve et la flûte au cor!

 

Fuis plus loin que la Pointe assassine,

L'Esprit cruel et le Rire impur,

Qui font pleurer les yeux de l'Azur,

Et tout cet ail de basse cuisine!

 

Prends l'éloquence et tords-lui son cou!

Tu feras bien, en train d'énergie,

De rendre un peu la Rime assagie.

Si l'on n'y veille, elle ira jusqu'où?

 

Ô qui dira les torts de la Rime?

quel enfant sourd ou quel nègre fou

Nous a forgé ce bijou d'un sou

Qui sonne creux et faux sous la lime?

 

De la musique encore et toujours!

Que ton vers soit la chose envolée

Qu'on sent qui fuit d'une âme en allée

Vers d'autres cieux à d'autres amours.

 

Que ton vers soit la bonne aventure

Eparse au vent crispé du matin

Qui va fleurant la menthe et le thym...

Et tout le reste est littérature.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Date de création : 23/03/2016 @ 11:37
Dernière modification : 23/03/2016 @ 11:49
Catégorie : Le lundi, c'est poésie - 2016
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Texte à méditer :   'Les fous sont ceux qui oublient de l'être par amour'   Alexandre Jardin
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